Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 23:20

 

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L’exposition « Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica » rassemble, pour la première fois en Europe, 134 céramiques mochica montrant avec un réalisme surprenant des actes sexuels ou sacrificiels. Ces poteries nous racontent le lien que le peuple mochica établissait entre la religion, le pouvoir, la sexualité et la mort. Cette iconographie religieuse, surprenante rencontre de l’acte sexuel et du sacré, est unique dans l’art précolombien et propre à la mythologie mochica.


Elle figure des actes sacrificiels, mais surtout sexuels entre animaux et/ou personnages anthropomorphes. Les artisans mochica ont pétri dans leurs poteries ces rites non reproducteurs, faisant des attributs sexuels stylisés les thèmes centraux d’une iconographie à fonction rituelle dont l’audace est à la hauteur de la force de leurs croyances.


Steve Bourget propose des clés d’interprétation de cette imagerie sexuelle qui n’est pas liée à la vie quotidienne des Moche, mais renvoie à une idéologie politique et religieuse caractéristique de leur société. Cette idéologie est habitée par le souci d’assurer, par la reproduction de l’autorité gouvernante, la propre continuité de la société, et d’une manière générale celle de l’univers.


DÉCRYPTER LES RITES D'UNE CIVILISATION MÉCONNUE


Cette civilisation précolombienne de premier plan, contemporaine de la culture nazca de la côte sud, se situe au rang des plus grandes cultures indigènes des Andes, au même titre que l’empire inca qu’elle précède de plus de cinq siècles. Elle s’est développée du Ier siècle au VIIe siècle de notre ère dans une zone aride du nord du Pérou. Des sites funéraires imposants (tels celui du « Seigneur de Sipan », exhumé en 1987), et les huacas (immenses sites cérémoniels de forme pyramidale), ont permis d’approfondir les connaissances sur cette civilisation grâce aux nombreux témoignages exhumés des sépultures et aux peintures murales qui ornent les monuments funéraires.L’exposition invite à découvrir cette civilisation précolombienne par le prisme de sa mythologie unique qui, en l’absence d’écriture, nous est transmise par une imagerie propre qui témoigne de la surprenante rencontre du sacré, de l’acte sexuel et de la mort.


Il est important de comprendre que les images sexuelles figurant sur les céramiques mochica ne sont pas des illustrations de la vie quotidienne de la société Moche. Aussi, leur interprétation ne peut se baser sur les idées et valeurs de notre propre société : leur message doit être déchiffré à partir d’une reconstruction du contexte particulier du monde desMoche, que propose cette exposition.


En mettant particulièrement l’accent sur la production céramique, facette de l’artisanat Mochica particulièrement riche et connue pour son abondance et son réalisme, l’archéologue Steve Bourget révèle le résultat des recherches qu’il a effectuées en étudiant de manière systématique l’ensemble de l’iconographie Moche. Toutefois, les interprétations présentées dans l’exposition sont nécessairement spéculatives, compte tenu du caractère lacunaire des sources archéologiques relatives à cette civilisation. L’exposition s’appuie librement sur l’ouvrage publié par Steve Bourget, en 2006 : Sex, Death and Sacrifice in Moche Religion and Visual Culture.

 

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UNE IDÉOLOGIE UNIQUE ET COMPLEXE


Les vestiges de la culture mochica renvoient à une cosmologie complexe organisée selon un principe dualiste, typique aujourd’hui encore des cultures indigènes des Andes : l’univers et les phénomènes qui le composent sont scindés en deux parties, et les éléments du monde, regroupés par paires, sont assignés à l’une ou l’autre partie. La société mochica, telle qu’elle est représentée dans l’iconographie, regroupe quatre grandes classes d’êtres :

- les vivants (humains et animaux domestiques)

- les morts

- les esprits animaux

- les divinités principales ou esprits ancestraux

Tous ces êtres sont pris dans des cycles de reproduction impliquant le basculement d’une moitié à l’autre, dans le cadre de grands rituels collectifs où les sacrifices, notamment de guerriers prisonniers, occupaient une place importante.


On aborde ici un des aspects les plus complexes de la religion Mochica : les rites associés au passage de leur Seigneur – dignitaire tout puissant qui régnait sans partage tant sur ses sujets que sur la nature – du Monde des vivants à celui des morts. Des rites qui, en l’absence d’écriture, sont évoqués par la production de ces céramiques aux teintes rouge brique. Les vases sont ornés de scènes sexuelles et sacrificielles peintes ou sculptées; la représentation d‘actes explicites, impliquant des humains, des animaux voire des squelettes, accompagnait le Seigneur et l’élite mochica dans leur voyage vers le Monde des morts, garante de leur retour à la vie et à la fertilité.

 

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UN SAVOIR FAIRE-INÉGALÉ, UNE LECTURE INÉDITE


Les Mochica sont connus depuis longtemps pour la virtuosité technique, l’abondance et le surprenant « réalisme » de leurs productions céramiques, en particulier celles figurant des actes sexuels entre animaux et entre personnages anthropomorphes. Cette imagerie sexuelle, unique de par sa complexité dans l’art précolombien, pose de multiples problèmes d’interprétation, d’autant qu’elle est liée à des contextes funéraires, probablement de dignitaires.


En se basant sur une étude systématique de l’iconographie religieuse, le commissaire Steve Bourget a pu mettre en évidence une focalisation de la céramique funéraire sur deux grandes formes de sexualité :

- l’une impliquant des actes sexuels non-procréatifs (sodomie, masturbation, fellation…) entre un humain vivant (généralement une femme) et une éventuelle victime sacrificielle, un mort ou un être squelettique

- l’autre une copulation procréative soit entre des animaux symbolisant des éléments importants de la fertilité (batraciens, rongeurs…), soit entre une divinité majeure – principalement celle connue sous le nom de « Wrinkle Face » ou « Face Ridée » – et une femme humaine.


La première catégorie d’images renverrait à une sexualité inversée et ne pouvant pas mener à la procréation propre aux habitants de l’inframonde, tandis que la seconde, figurant une copulation entre une divinité et une victime sacrificielle, évoquerait une sexualité génératrice sur le plan cosmologique, gage de la fertilité du monde habité par les Mochicas.


Ces représentations étonnantes n’ont donc rien d’érotique, et leur naturalisme n’est que de surface, puisqu’elles figurent pour l’essentiel des entités ou des processus surnaturels combinant des choses normalement disjointes : des morts-vivants, des animaux avec des attributs humains, des dieux à la fois destructeurs et régénérateurs. Il s’agit en réalité d’une imagerie religieuse, à fonction rituelle, qui utilise la sexualité pour symboliser des opérations cosmologiques abstraites : le passage du monde d’ici à l’inframonde, les échanges continus de substances nourricières – sang, liquide séminal, eau… – entre les vivants et les divinités ou esprits ancestraux, échanges réglés qui garantissent la bonne marche de l’univers et dont la gestion incombe aux souverains et aux dignitaires religieux.

 

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Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica

Jusqu’au 23 mai 2O1O au Musée du Quai Branly



Par Philo - Publié dans : Coups de Coeur
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Commentaires

je reviens lire ce soir

car ça mérite toute mon attention cette histoire de poterie!!oui je sais mon commentaire ne sert à rien :)

commentaire n° :1 posté par : dita le: 17/05/2010 à 16h06

Un commentaire doit être forcément utile ?

Je ne pense pas ...

C'est tout d'abord le plaisir de laisser une trace de son passage, et le mien de vous lire chère Dita !

réponse de : Philo le: 18/05/2010 à 08h45

Je suis étonné car je connaissais ce peuple à travers les photos de mes bouquins de jeunesse, pâssionné que j'étais par les civilisations précolombiennes. Mais naturellement, point de ces clichés là.

C'est effectivement troublant et même si les interprétations sont finalement peu coquines et surtout morbides, l'inspiration de ces oeuvres d'art n'a rien de métaphysique, je pense que ces braves gens ont dû y prendre bien du plaisir...

commentaire n° :2 posté par : usclade le: 17/05/2010 à 23h14

Il ne faut pas négliger la part de spiritualité qui imprègnent ces objets mais je trouve aussi l'interprétation quelque peu osée ...

Que dira-t-on dans quelques dizaines de milliers d'années, quand à l'occasion d'une fouille on découvrira une boîte à secrets remplies de sextoys ?...

réponse de : Philo le: 18/05/2010 à 08h52

Merci Philo, le 23 mai arrive très vite ...demain apres Bettina Rheims, ca va être juste juste pour y aller et ce WE j'ai mes fils ainsi que des amis aux idées assez ...intéressés par le sujet . il va falloir jouer serrer pour ne pas choquer ces jeunes âmes sensibles

Ton article est très complet, j'avais deja vu ce genre de poterie au musée de l'érotisme à Paris ainsi qu'au musée national à San José au Costa Rica.

Tendres baisers

commentaire n° :3 posté par : Crikette le: 18/05/2010 à 00h11

Oui c'est la dernière semaine, mais il n'est peut-être pas trop tard pour une parisienne !

L'article est celui du site du musée, je n'ai pas eu l'occasion de voir l'expo mais j'avais envie de l'évoquer.

Bonne visite en famille, si tu décides d'y aller !

Bisous Crikette.

réponse de : Philo le: 18/05/2010 à 08h57


:)
bon tu vas rire mais je ne l'ai toujours pas lu ton mot! et pourtant ça m'intéresse... j'aime bien laisser une trace ,juste pour dire que je passe et que je lis... faire juste un coucou de politesse!!
:)
bonne journée à toi

commentaire n° :4 posté par : dita le: 18/05/2010 à 09h18

Passer deux fois pour rien, tu abuses quand même !

Alléééé je te laisse une troisième chance !

Bisous à toi.

réponse de : Philo le: 19/05/2010 à 08h33

ça y est troisième fois et en plus j'ai lu!! champagne!! :)

bon la seule chose que j'en ai tiré c'est que

1. apparemment ils sont pas très sûrs de leur analyse les chercheurs, ethnologue, archéologue..

2. je dois absolument voir ce musée !

3. elle est où la barrière ?

4. il est où ton deuxième blog?

5 . passe une bonne journée :)

commentaire n° :5 posté par : dita le: 19/05/2010 à 09h09

La troisième fut la bonne en effet !

Cela valait le coup d'attendre ...

Bon, ton commentaire m'inspire les choses suivantes :

1. On est jamais sûr de rien !

2. Pour l'expo c'est jusqu'à la fin de la semaine alors vas-y rapidement, sinon tu en seras pour tes frais ! Un billet d'avion pour le Pérou ...

3. P'tain la barrière ! Je ne vais pas pouvoir y échapper !! Promis, je vais aller faire la photo ...

4. Il est là > http://dephilenaiguille.hautetfort.com

5. Merci toi aussi ! :) 

réponse de : Philo le: 19/05/2010 à 14h18

Merci pour cette information!

commentaire n° :6 posté par : Lilly le: 20/05/2010 à 14h12

De rien Lilly !

réponse de : Philo le: 21/05/2010 à 08h46

intéressant, mais zarb quand même...

commentaire n° :7 posté par : photaphil le: 20/05/2010 à 21h33

Il ne faudrait peut-être s'en tenir qu'à l'observation des poteries ...

réponse de : Philo le: 21/05/2010 à 08h48

On peut quand meme penser que si ces représentations n'ont rien d'érotiques , elles ont quand meme été réalisées par l'homme et qu'il s'est beaucoup inspiré de ces cotés érotiques et pas des moindres ..!

Tout se confond mais n'en etait  il pas de même dans nos civilations ?

Aujourd'hui encore ne mêle t'on pas aisément la religion, l'érotisme, la sorcellerie, la morale etc ..?

commentaire n° :8 posté par : chilina le: 21/05/2010 à 00h23

Les représentations sont assez explicites en effet et je pense que l'artiste créateur devait avoir à l'esprit certains détails qui sont loin d'être métaphysiques !

Certaines pratiques sexuelles fort à la mode de nos jours tirent probablement l'intérêt qu'on leur porte, d'une quête plus spirituelle, dans le sens où elles font appel à un ressenti provoqué par des situations insolites ou des rapports de soumission ... 

réponse de : Philo le: 21/05/2010 à 08h54

Dites donc, seriez pas un peu paresseux ? rire...

Bon que le coté "érotique" soit nié avec tant de véhémence, voilà ce qui me chaque dans la présentation de cette expo.  Pour la rendre plus politiquement correcte ? A vrai dire, j'en ignore la motivation mais j'ai souvent noté chez les scientifiques, dans leurs recherches comme dans leurs publications, un deni des moeurs sexuelles chez les humains alors que celles des animaux les passionnent... bizarre non ?

Maintenant, la dimension plus ou moins érotique, sinon pornographique, est évidemment fortement conditionnée par notre environnement, notre propre culture ; il ne me déplait pas que cette expo, quelque part, soit choquante, dérangeante, dans sa représentation crue. J'aime l'idée que cela fasse scandale, dans cette institution, mais je crains que non...  à lire cette présentation bien trop concensuelle (sans jeu de mot).

n'est-ce pas la vocation d'un tel lieu que de nous impressionner ?

Bon, j'attends votre contre-rendu de visite, non mais !

 

commentaire n° :9 posté par : petite française le: 22/05/2010 à 06h59

L'expo a fermé ses portes et je ne suis pas allé la voir !

J'espère seulement qu'en ayant relayé cette information, j'aurai éveillé la curiosité de certains ...

Je ne me suis pas foulé, je veux bien le reconnaître !

Reste le titre qui a mon sens est un peu pervers, non ?

réponse de : Philo le: 24/05/2010 à 22h38

merci pour ce partage!

commentaire n° :10 posté par : E et C le: 24/05/2010 à 10h27

Un peu tard pour l'exposition, mais peut-être aurez-vous envie d'approfondir le sujet !

réponse de : Philo le: 24/05/2010 à 22h40

c'est très très intéressant, comme article, j'y ai appris des choses que je n'aurais pas soupçonnées... merci.

commentaire n° :11 posté par : Succuba le: 27/05/2010 à 10h32

Vous avez pris des notes ?

C'est bien ...

réponse de : Philo le: 27/05/2010 à 14h26

Merci Philo pour cet exposé grâce auquel j'ai beaucoup appris ! Quand bien même l'inteprétation scientifique de cette imagerie reste peu ou prou spéculative- faute de traces écrites- elle nous interpelle par delà les siècles tant il est vrai que l'homme s'st toujours interrogé sur le sens de la vie terrestre  qu'il sait d'expérience transitoire... L'avant, l'après, le pourquoi, le comment  comme autant de besoins de se relier au cosmos dans ce vivant polymorphe et en perptétuelle évolution mais dont il est un maillon. Si l' Eros qui nous gouverne est si puissant c'est vraisemblablement dans cette dualité ou plutôt ce couple indissociable qu'il forme avec Thanatos...

Par bonheur, ce type de questionnement métaphysique nous fait encore plus apprécier l 'éphémérité  alors ... Carpe Diem !

Baisers

Elise

 

commentaire n° :12 posté par : Elise et Marc le: 21/09/2010 à 23h46

Parfois, il ne faut pas chercher à tout expliquer de manière scientifique, voire sociologique, et laisser agir notre instinct dans l'interprétation de ses oeuvres du passé. Il est toujours intéressant de constater que nous n'avons rien découvert en matière de sexualité, et de pluralité ... ;)

Bien évidemment, il est conseillé de jouir de tout ceci durant notre vie terrestre, plutôt qu'après ...

Baisers Elise.

réponse de : Philo le: 22/09/2010 à 09h10

Coup de pouce !


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