Jeudi 11 février 2010
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Quelque part au Japon, un homme, Haruki Yukimura, et
une femme, Nana-Chan, s'adonnent au bondage. Une curiosité contemplative pour la nuit.
Une jeune femme traverse un jardin japonais, puis entre dans une maison
traditionnelle en se déchaussant avec lenteur. Elle vient rendre visite à un « maître », un homme âgé d'une soixantaine d'années qui l'accueille avec solennité et respect. A peine le rituel du
salut accompli, il va inlassablement nouer des cordes autour de son corps composant des figures de plus en plus complexes. La jeune femme est d'abord habillée, puis seins nus, puis totalement
dénudée.
En expert, le maître fait et défait ses liens,
élaborés avec une sophistication extrême, l'obligeant à prendre des poses improbables. La scène se passe dans un silence vibrant sans qu'aucun mot ni son ne soit échangé, le maître contemplant
après chaque composition son oeuvre. Quelques secondes de temps suspendu plus tard, il la libère laissant cordes et corps abandonnés sur le tatami. Avant de reprendre une nouvelle
composition...
Les liens du cinéma avec l'univers du fantasme, le
voyeurisme et l'érotisme sont bien connus. Du désir au plaisir (des protagonistes), de la pulsion scopique à la gêne (des spectateurs), le film de Xavier Brillat, en joue, nous mettant dans une
situation inconfortable. Quelque part au Japon, un homme, Haruki Yukimura et une femme, Nana-Chan, s'adonnent au bondage.
Mais la lenteur des gestes, la douceur des voix,
le parti pris d'enchaîner les scènes par des fondus au noir, la présence ténue de bruissements de la nature, tout nous invite à sortir de l'évidence voyeuriste. D'une situation qui ne pourrait
être qu'érotique, le film nous amène peu à peu vers la performance, la cérémonie ritualisée : le corps de la femme, corps attaché, corps soumis, corps contraint, lieu d'inscription du nouage
patient et méticuleux de l'homme, nous offre une succession de poses, sinon d'étapes.
Pour qui ? Pour elle, pour lui, pour nous
?
La juste distance adoptée par Xavier Brillat pour
filmer les scènes confère au documentaire un statut singulier, comme si nous assistions à un rituel érotique secret.
ARTE
Dimanche 14 février à 1.05
Traces