Vendredi 10 novembre 2006
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Tu dors. J’écoute ta respiration calme et régulière. Je me suis réveillée en sursaut. Un cauchemar sans doute, de ceux qui me font pleurer et parler dans mon sommeil. D’instinct, je me blottis au creux de ton épaule, te lianant d’un bras la poitrine et cherchant la chaleur que tu m’offres sans retenue. Tu me serres doucement, comme pour mieux me rassurer, même au plus profond de ton sommeil puis je sens ton corps se détendre alors que tu replonges dans l’inconscient d’où je t’ai tiré un instant. J’ai envie de te rejoindre dans tes rêves mais forte est l’envie de savourer jusqu’à la saturation, cette seconde si particulière. Si je la laisse passer, jamais elle ne reviendra et mes mots en resteront à jamais orphelins.
L’obscurité n’est pas totale dans la chambre. Un peu d’air fait bouger les rideaux de la fenêtre entre ouverte et la pâle lueur du clair de lune éclaire les contours de ton corps. Mes yeux s’y promènent à l’envi et sans réserve. A cet instant, je suis submergée par un immense bonheur. Dans le silence de la nuit, je m’imprègne de cette paix que nous partageons, je me repais de la force tranquille dont tu m’entoures, du don d’amour que tu me fais en t’offrant ainsi, si vulnérable, dans une nudité qui m’émeut. Nous sommes toujours dans cette autre dimension où je n’entends palpiter que la tendresse infinie qui nous unit, la passion qui la cimente et l’amour que l’on respire l’un par l’autre.
Je soupire d’aise, inspiration profonde que tu dois ressentir. L’étreinte de ton bras s’enfonce sur mes hanches, comme pour y laisser une trace indélébile. Ma main se fait légère pour caresser ta poitrine et ma bouche baise doucement ta peau. Ton odeur me grise un peu et au plaisir de l’esprit se mêle celui de mes sens. Mes doigts suivent lentement tes creux et tes courbes. Comme j’aime ta géographie d’homme mûr, ce corps qui raconte sa vie sans artifice, qui affiche ses imperfections comme autant de signes de sa plénitude et de son épanouissement ! Je l’aime follement. Il me touche profondément et je ne peux me retenir de le caresser. Descente lente de mes ongles qui suivent des sillons menant à tes cuisses que le drap repoussé a laissé découvertes.
Au centre d’elles, un désir de vie qui m’appelle. Ma paume s’y pose avec tendresse, recouvrant ton sexe qui me reconnaît. De sage qu’il est, il vient au devant de ma caresse, se redressant pour m’exprimer le besoin qu’il a de moi … instant fugace où un éclair de chaleur irradie mon ventre. Pour en avoir appris le chemin par cœur, je retrouve facilement la veine qui le parcourt et que je sens palpiter. Je la suis jusqu’à la frontière de tes bourses, îlots de peau soyeuse sur lesquels je referme ma main. Je leur confectionne un écrin de douceur, les masse imperceptiblement, leur raconte le désir qui monte en moi de les voir se gonfler d’amour. Doucement, lentement, je me libère de ton bras et par mille baisers de papillon, ma bouche descend pour se joindre à ma main. Ma langue se fait satin pour que tes rêves se peuplent de mers chaudes. Elle se fait lutin quand tes jambes s’écartent insensiblement. Elle devient voyageuse pour que rien de toi ne lui échappe. Ton sexe a pris son indépendance et peu lui importe que tu dormes, il perle du désir d’être coiffé, léché, sucé, mordillé. Tu laisses échapper un gémissement, seul signe que tu es à la frontière ténue entre sommeil et réalité. Tu t’abandonnes à mes caresses les yeux fermés, craignant de te réveiller et de perdre ce rêve fou. Inexplicable. Ton corps ressent des centaines de vibrations, ta vigueur qui renaît, mes mains qui te câlinent, ma bouche qui te mange et tu dors. Ton corps ressent l’excitation qui t’envahit, ce plaisir insensé qui monte du plus profond de ton endormissement. Ton corps se creuse et vient à ma rencontre, désobéissant à ta raison qui ne peut lutter contre ce fantasme qui s’assouvit enfin.
Moment d’absolu, je mélange flammes et consolation pour que ton plaisir ne soit plus mystère. Caresse après frôlement, cajolerie après effleurement, je t’approche des cieux, te faisant dériver si loin des rivages de ta conscience. La sensualité qui se dégage de toi est un délice dont je me délecte. Mon appétit de toi devient si fort, mon besoin de te sentir en moi si puissant … il ne faut qu’un mouvement félin pour que mon corps te chevauche, mon sexe venant dérouler la soie de son envie autour du tien. Dans la pénombre, je luis pour toi. Phare qui t’attire au bord de l’abîme. Tu baignes dans mon ivresse. Tu veux quitter la terre. Rêveur pas éveillé, tu gémis, me suppliant de te donner le repos et dans un éclair violent, tu éclates dans une jouissance qui n’en finit pas. Je ne te lâche pas pour qu’elle se fasse plus sauvage et de mes coups de rein te torture encore et encore. Tu es à moi, pleinement, totalement et tu te donnes sans retenue, sans frein, dans ce plaisir qui ne doit son immensité qu’à l’amour, oublieux qu’il est des prouesses. J’extirpe de ton corps la moindre parcelle de ce bonheur absolu dans lequel je viens enfin te rejoindre.
Le calme est revenu dans nos draps. Tu as rejoins la tribu de tes rêves et je savoure la jouissance extrême de l’abandon total dont tu fais l’apprentissage et dont tu découvres la magie. Je m’endors sur ta poitrine, bercée par les battements de ton cœur redevenus réguliers. Le matin viendra vite, mon Amour. Il ramènera avec lui ce flot de tendresse qui est le notre lorsque nous ouvrons nos yeux sur cette intimité qui nous unit.
Oeuvres de Jean Chainey
Traces