Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 17:01




Elle avait enfin accepté que l’on se rencontre, mais cette fois-ci, c’est de son côté que vint l’invitation. …

 

Je me souviens que lorsque je lui ai fait cette proposition, la première fois, elle trouva que c’était une bonne idée de se voir. Mais elle se ravisa dès le lendemain, ne se sentant pas très chaude pour affronter mon personnage. Je dis « mon personnage » car il semblait clair que ce n’était pas de moi dont il s’agissait, mais plutôt de ce que représentais soudain à ses yeux : un véritable prédateur ! Elle flairait déjà le danger potentiel en se voyant probablement entraînée dans un parking désert et soumise aux pires outrages, sous le joug de l’horrible Philo …

 

Je ne sais pas ce qui put la faire changer d’avis, mais après quelques mois d’échanges, elle eut finalement envie que l’on se voit. Nous avions décidé de faire l’école buissonnière et de se donner rendez-vous pour aller voir un film, car j’ai oublié de le préciser, mais on s’en doute quelque peu, il n’était aucunement question d’une rencontre galante. C’est bien le contenu de nos plaisants échanges et la teneur de nos confidences, qui nous poussa à rompre la glace du clavier …

 

Je l’attendais aux portes du complexe cinématographique, jouxtant le centre commercial régional commun à notre situation géographique. Il faisait beau en ce jour presque estival, et derrière mes lunettes de soleil scrutant l’horizon, j’étais persuadé que nous allions passer ensemble, un agréable après-midi. J’avais son signalement et je connaissais son visage qu’elle avait dévoilé dans divers lieux virtuels. C’est alors que je la vis arriver, débouchant d’une allée du parking, d’un pas décidé. Un petit bout de femme à l’allure post soixante-huitarde qui correspondait parfaitement à l’image que je me faisais d’elle …

 

Nous nous sommes fait la bise et j’ai retrouvé dans sa voix ce brin de fantaisie qui participe à son charme, puis nous avons gagnés les caisses du cinéma. Elle changea trois fois d’avis sur le choix du film, en moins de trente seconde, mais j’étais déjà habitué à son esprit vif argent. Alors que nous prenions nos tickets, elle me engagea la conversation en me parlant de son amant et à quel point il pouvait l’irriter et au fond, la rendre triste. Elle le comblait de petites attentions alors que lui ne savait bien souvent qu’exprimer son désintéressement. Elle espérait tant, chaque jour, chaque heure, pendue à l’écran muet de son mobile …

 

Une fois confortablement installés dans nos fauteuils, afin de nous régaler de la comédie vers laquelle nous nous étions finalement orientés, nous traitâmes du sujet capital des blogs et forums, ainsi que des créatures plus ou moins virtuelles qui les peuplent. Nous échangions nos informations, nos découvertes, et certains de nos secrets, alors que les pubs défilaient à l’écran. Nos rires s’enchaînèrent dans la bonne humeur et les douces médisances, jusqu’à ce que le film commence ...

 

Tout se déroulait à merveille, à la fois dans la salle et au cours de ce film hautement intellectuel. J’étais heureux de rencontrer ma voisine, de sentir sa présence, savourant ses propos parfois décalés, mais jamais inintéressants. Par contre, elle était terriblement nerveuse. Non pas du fait de se trouver plongée dans le noir avec le pervers que je suis, mais cette femme avait une nature de bombe à retardement à deux doigts de la déflagration. D’ailleurs pourquoi parler au passé, je suis persuadé qu’elle n’a pas changé …

 

J’observais du coin de l’œil ses mains s’agiter, ses jambes se croiser et se décroiser sans cesse. J’avais envie de prendre sa main dans la mienne pour qu’elle se calme, pensant que mes pouvoirs lui permettraient d’apaiser cette excitation. Mais je n’étais pas du tout certain de sa réaction. Cela pourrait être pris pour une menace ou un geste déplacé ? Je m’armais de patiente et me concentrai à nouveau sur le film. Au bout de quelques minutes, remarquant que son comportement n’avait pas changé, l’envie de prendre sa main devint grandissante. Outre ce besoin de mettre un terme à la nervosité de ses doigts affairés autour de ses bagues, un autre désir s’immisçait en moi, celui de venir au contact de sa peau. Je voulais la palper, pour enrichir les éléments de son profil enregistré dans mon cerveau. Je trouve qu’en règle générale, on ne palpe pas assez son prochain …  

 

Au bout du compte, n’y tenant plus, je finis par lui demander : « Je peux prendre ta main ? ». Je vis alors dans la pénombre son regard se figer sur l’angoisse provoquée par ma question. J’ai tout de suite compris l’ambiguïté de mon propos qui venait soudain rompre le charme de la comédie que nous regardions en souriant. Ma requête n’avait pourtant rien d’une proposition indécente, et je précisai d’emblée : «  Je veux juste la prendre dans ma main !… ».

 

Elle reprit son souffle et soulagée me déclara : «  Tant que tu ne me demandes de faire autre chose, alors ça va ! ». Elle s’imaginait certainement devoir me confier sa main pour un autre dessein qui ne m’avait même pas effleuré mon esprit parfois lubrique. Sa main frêle glissa dans la mienne et étrangement, elle se calma. Nos paumes se frôlaient, nos doigts se croisaient, nos épidermes faisaient connaissance …

 

Ma seconde main se referma sur la sienne, l’emprisonnant dans un écrin de tendresse. J’avais dû me faire violence pour me jeter à l’eau, doutant de mon choix équivoque. Mais à présent je ne regrettais plus cette petite montée d’adrénaline au moment de lui avoir posé la question. J’avais sa main dans la mienne, et c’est tout ce qui comptait, à mes yeux. Je décryptais patiemment le code sensuel de ses doigts, analysant le relief de ses phalanges, le lissé de ses ongles, devinant presque sous mes attouchements, les pores de sa peau. Cela dura des minutes, des dizaines de minutes…

 

Je ne sais quel message je tentais de lui transmettre, ni celui que j’attendais d’elle, mais elle vint se prendre au jeu des caresses, ce jeu de mains presque sage, qui rapidement se révéla divin. Nos doigts s’enlaçaient dans une sorte d’étreinte sensorielle qui allait au-delà de la simple expression du désir. Une ivresse des sens m’envahissait, et je me suis demandé si elle aussi, de son côté, partageait cette même sensation …

 

Nos mains se détachèrent et la mienne se posa accidentellement sur sa cuisse, dans la fulgurance d’un ressenti que je devais à tout prix contenir. Je la pressais lentement entre mes doigts, puis de plus en plus fermement. Je crois bien que ne m’en rendais même plus compte du pas que je venais de franchir. Ce qui semblait être un exploit il y a encore quelques minutes, devenait tout à coup terriblement naturel, dans l’intimité de ce moment qui ne demeurera après coup, que furtivité. Ses mains vinrent à nouveau caresser mes doigts, en explorer la finesse, pour peut-être découvrir le secret du trouble qu’elles peuvent provoquer. Le mot FIN mit un terme au film, et à nos voluptueuses caresses. La lumière se ralluma doucement sur le croisement de nos regards, sans toutefois en percer les mystères. Nous nous connaissions un peu mieux, comme je l’avais désiré …

 

Nous allâmes flâner dans la galerie marchande, à la recherche d’une pendule qu’elle voulait acheter, et finit par trouver. Il était presque temps de se quitter, mais c’est autour du parfum d’un café au nom exotique, savamment torréfié, que nous avons échangé nos derniers mots. Nous avons rejoint le parking extérieur sous un soleil éclatant, puis je l’ai raccompagnée jusqu’à sa voiture. On se dit au revoir comme nous nous étions dit bonjour, en se disant à une autre fois, si l’occasion se présentait. C’est au moment d’ouvrir sa portière qu’elle virevolta et se dirigea vers moi. Elle déposa un baiser sur mes lèvres, à la saveur des points de suspension laissés comme des cailloux, sur le chemin de notre rencontre. Ceux du temps que nous n’avons pas réussi à arrêter pour profiter de notre jeu. Ceux du plaisir partagé, tout simplement …

 

 

 

 

Photo : Eric Boutilier-Brown

 

   

Par Philo - Publié dans : Flashback
Laissez votre trace - Découvrir vos 18 traces ...
Retour à l'accueil

L'heure tourne !

     

Coup de pouce !


Le Roman
de la
Femme-Lionne


en vente
ici
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés