Elle avait enfin accepté que l’on se rencontre, mais cette fois-ci, c’est de son côté que vint l’invitation. …
Je me souviens que lorsque je lui ai fait cette proposition, la première fois, elle trouva que c’était une bonne idée de se voir. Mais elle se ravisa dès le lendemain, ne se sentant pas très chaude pour affronter mon personnage. Je dis « mon personnage » car il semblait clair que ce n’était pas de moi dont il s’agissait, mais plutôt de ce que représentais soudain à ses yeux : un véritable prédateur ! Elle flairait déjà le danger potentiel en se voyant probablement entraînée dans un parking désert et soumise aux pires outrages, sous le joug de l’horrible Philo …
Je ne sais pas ce qui put la faire changer d’avis, mais après quelques mois d’échanges, elle eut finalement envie que l’on se voit. Nous avions décidé de faire l’école buissonnière et de se donner rendez-vous pour aller voir un film, car j’ai oublié de le préciser, mais on s’en doute quelque peu, il n’était aucunement question d’une rencontre galante. C’est bien le contenu de nos plaisants échanges et la teneur de nos confidences, qui nous poussa à rompre la glace du clavier …
Je l’attendais aux portes du complexe cinématographique, jouxtant le centre commercial régional commun à notre situation géographique. Il faisait beau en ce jour presque estival, et derrière mes lunettes de soleil scrutant l’horizon, j’étais persuadé que nous allions passer ensemble, un agréable après-midi. J’avais son signalement et je connaissais son visage qu’elle avait dévoilé dans divers lieux virtuels. C’est alors que je la vis arriver, débouchant d’une allée du parking, d’un pas décidé. Un petit bout de femme à l’allure post soixante-huitarde qui correspondait parfaitement à l’image que je me faisais d’elle …
Nous nous sommes fait la bise et j’ai retrouvé dans sa voix ce brin de fantaisie qui participe à son charme, puis nous avons gagnés les caisses du cinéma. Elle changea trois fois d’avis sur le choix du film, en moins de trente seconde, mais j’étais déjà habitué à son esprit vif argent. Alors que nous prenions nos tickets, elle me engagea la conversation en me parlant de son amant et à quel point il pouvait l’irriter et au fond, la rendre triste. Elle le comblait de petites attentions alors que lui ne savait bien souvent qu’exprimer son désintéressement. Elle espérait tant, chaque jour, chaque heure, pendue à l’écran muet de son mobile …
Une fois confortablement installés dans nos fauteuils, afin de nous régaler de la comédie vers laquelle nous nous étions finalement orientés, nous traitâmes du sujet capital des blogs et forums, ainsi que des créatures plus ou moins virtuelles qui les peuplent. Nous échangions nos informations, nos découvertes, et certains de nos secrets, alors que les pubs défilaient à l’écran. Nos rires s’enchaînèrent dans la bonne humeur et les douces médisances, jusqu’à ce que le film commence ...
Tout se déroulait à merveille, à la fois dans la salle et au cours de ce film hautement intellectuel. J’étais heureux de rencontrer ma voisine, de sentir sa présence, savourant ses propos parfois décalés, mais jamais inintéressants. Par contre, elle était terriblement nerveuse. Non pas du fait de se trouver plongée dans le noir avec le pervers que je suis, mais cette femme avait une nature de bombe à retardement à deux doigts de la déflagration. D’ailleurs pourquoi parler au passé, je suis persuadé qu’elle n’a pas changé …
J’observais du coin de l’œil ses mains s’agiter, ses jambes se croiser et se décroiser sans cesse. J’avais envie de prendre sa main dans la mienne pour qu’elle se calme, pensant que mes pouvoirs lui permettraient d’apaiser cette excitation. Mais je n’étais pas du tout certain de sa réaction. Cela pourrait être pris pour une menace ou un geste déplacé ? Je m’armais de patiente et me concentrai à nouveau sur le film. Au bout de quelques minutes, remarquant que son comportement n’avait pas changé, l’envie de prendre sa main devint grandissante. Outre ce besoin de mettre un terme à la nervosité de ses doigts affairés autour de ses bagues, un autre désir s’immisçait en moi, celui de venir au contact de sa peau. Je voulais la palper, pour enrichir les éléments de son profil enregistré dans mon cerveau. Je trouve qu’en règle générale, on ne palpe pas assez son prochain …
Au bout du compte, n’y tenant plus, je finis par lui demander : « Je peux prendre ta main ? ». Je vis alors dans la pénombre son regard se figer sur l’angoisse provoquée par ma question. J’ai tout de suite compris l’ambiguïté de mon propos qui venait soudain rompre le charme de la comédie que nous regardions en souriant. Ma requête n’avait pourtant rien d’une proposition indécente, et je précisai d’emblée : « Je veux juste la prendre dans ma main !… ».
Elle reprit son souffle et soulagée me déclara : « Tant que tu ne me demandes de faire autre chose, alors ça va ! ». Elle s’imaginait certainement devoir me confier sa main pour un autre dessein qui ne m’avait même pas effleuré mon esprit parfois lubrique. Sa main frêle glissa dans la mienne et étrangement, elle se calma. Nos paumes se frôlaient, nos doigts se croisaient, nos épidermes faisaient connaissance …
Ma seconde main se referma sur la sienne, l’emprisonnant dans un écrin de tendresse. J’avais dû me faire violence pour me jeter à l’eau, doutant de mon choix équivoque. Mais à présent je ne regrettais plus cette petite montée d’adrénaline au moment de lui avoir posé la question. J’avais sa main dans la mienne, et c’est tout ce qui comptait, à mes yeux. Je décryptais patiemment le code sensuel de ses doigts, analysant le relief de ses phalanges, le lissé de ses ongles, devinant presque sous mes attouchements, les pores de sa peau. Cela dura des minutes, des dizaines de minutes…
Je ne sais quel message je tentais de lui transmettre, ni celui que j’attendais d’elle, mais elle vint se prendre au jeu des caresses, ce jeu de mains presque sage, qui rapidement se révéla divin. Nos doigts s’enlaçaient dans une sorte d’étreinte sensorielle qui allait au-delà de la simple expression du désir. Une ivresse des sens m’envahissait, et je me suis demandé si elle aussi, de son côté, partageait cette même sensation …
Nos mains se détachèrent et la mienne se posa accidentellement sur sa cuisse, dans la fulgurance d’un ressenti que je devais à tout prix contenir. Je la pressais lentement entre mes doigts, puis de plus en plus fermement. Je crois bien que ne m’en rendais même plus compte du pas que je venais de franchir. Ce qui semblait être un exploit il y a encore quelques minutes, devenait tout à coup terriblement naturel, dans l’intimité de ce moment qui ne demeurera après coup, que furtivité. Ses mains vinrent à nouveau caresser mes doigts, en explorer la finesse, pour peut-être découvrir le secret du trouble qu’elles peuvent provoquer. Le mot FIN mit un terme au film, et à nos voluptueuses caresses. La lumière se ralluma doucement sur le croisement de nos regards, sans toutefois en percer les mystères. Nous nous connaissions un peu mieux, comme je l’avais désiré …
Nous allâmes flâner dans la galerie marchande, à la recherche d’une pendule qu’elle voulait acheter, et finit par trouver. Il était presque temps de se quitter, mais c’est autour du parfum d’un café au nom exotique, savamment torréfié, que nous avons échangé nos derniers mots. Nous avons rejoint le parking extérieur sous un soleil éclatant, puis je l’ai raccompagnée jusqu’à sa voiture. On se dit au revoir comme nous nous étions dit bonjour, en se disant à une autre fois, si l’occasion se présentait. C’est au moment d’ouvrir sa portière qu’elle virevolta et se dirigea vers moi. Elle déposa un baiser sur mes lèvres, à la saveur des points de suspension laissés comme des cailloux, sur le chemin de notre rencontre. Ceux du temps que nous n’avons pas réussi à arrêter pour profiter de notre jeu. Ceux du plaisir partagé, tout simplement …
Photo : Eric Boutilier-Brown
Votre plume est toujours aussi fine et habile, toute en sensualité et délicatesse... J'avoue que ma curiosité légendaire me fait attendre la suite avec impatience.
Je vous embrasse cher Philo
Votre curiosité ne sera pas satisfaite puisque cette relation s'est pourquivie de manière tout à fait platonique !
J'en suis désolé ...
Je vous embrasse aussi.
C'est une très belle histoire, émouvante...
Rencontre magnifique, encore plus que s'il s'était passé autre chose...
J'ai beaucoup aimé : On ne palpe pas assez son prochain! Rires
C'est très juste, je m'en vais palper de ce pas!
Bisoo
Une belle aventure au pays des sens...
C'est un fait, on ne palpe pas assez ! :)
Enfin ... certains ...
Bisoo Miss.
En fait j'ai pensé à cette histoire cette nuit...
PS :on ne parle pas de légitimes, là, parce que j'ai tout donné à Bern et j'espère être pour lui celle qui compte le plus!Il y a des nuits comme ça faites de rêves.
Je pense qu'on est davantage marqué par ce qu'on a désiré sans l'obtenir que par ce qu'on a réussi à avoir.
Plus c'est facile moins c'est grisant! Et la frustration peut être salutaire parfois.
Enfin c'est mon sentiment.
Comme je le disais il y a peu, Je m'en fout pas mal d'être (je vais sembler vulgaire) "un coup", même "un bon coup"!
Je veux être la femme dont on se souviens comme celle de ton récit.
Et l'aboutissement d'une rencontre par une relation sexuelle n'est elle pas déjà la fin de l'histoire?
Un homme peut également être prit pour un objet sexuel, c'est bon si on le veut sinon, c'est moins fun.
Susciter l'envie dans le but d'assouvir un besoin primaire?
J'aime plutôt l'idée d'être convoitée par ce que je suis et non pas par ce que je représente.(enfin je ne suis pas certaine d'être bien claire, rires)
Les femmes qui t'ont le plus marqué ne sont elles pas celles qui ne t'on pas tout donné?
Quantité ou qualité?
Maintenant pour ma part ceux dont je me souviens le plus, "connement", c'est ceux qui ne m'ont pas tout donné, ou qui se sont enfui ou qui m'ont fait souffrir....
Et pourtant des amoureux j'en ai eu...
Moi qui pensais avoir écrit un petit texte sympa, sensuel, et un brin nostalgique, voilà ti pas que je te crée des insomnies ! :)
Bon, cela mérite quelques mots supplémentaires de ma part ...
N'étant pas vraiment dragueur et plutôt long à comprendre certaines données basiques, je n'ai pas trop l'expérience du "plus c'est facile moins c'est grisant" !
Je suis un cérébral ... certes tactile ... mais un cérébral quand même !
C'est mon côté coeur d'artichaut ...
J'espère également, comme tu l'as précisé, être un homme dont on se souvient ...
Philo objet sexuel !... Faudrait que j'essaie pour voir ;)
Pardon encore pour avoir écourté ta nuit ;)
Mais je suis heureux de cette réflexion sur le contenu de mon récit.
Bisoo Miss.
Oui on ne se touche pas assez, même entre amis, entre proches, ou pour se rapprocher, se connaître, vivre quelque chos ensemble, et moi aussi je romps la glace, de plus en plus, la vie est trop courte, allons à l'essentiel !
Alors souvent, il faut se contenter de ses yeux pour appréhender cette forme de rencontre sensorielle, dans la nature de l'Autre.
Merci pour ces grains d'Ambre très sympathiques !
En imaginant qu'ils pourraient être un sensuel grain de peau ;)
De quel film s'agit-il ? :)
On va qu ciné????
Mmmmm ... Au ciné avec toi ?
C'est risqué je pense !
Et puis je pourrais te perdre dans une salle obscure ... ;)
Bisous Perle.
Mis à part ce très joli réussi d'un moment très doux et agréable
Le film était bien ???
On va mettre le non sens du commentaire ci dessus sur le compte de l'émotion ..
il fallait donc lire mis à part ce très joli moment doux et agréable
Le film était bien ?
Le film ?
Amusant, mais bien moins passionnant que la main de ma voisine ...
Cela me fait toujours plaisir de te croiser par ici, surtout si tu apprécies.
Doux baisers.
Il y a un début à tout ...
Besitos.
Cela ne m'étonne pas de moi ...
Un jeu de mains, ou la poser sur une jambe en signe de tendresse ... des attentions qui sont bien agréables ...
Te voilà de retour, et en pleine forme j'espère !
Je t'embrasse fort.
Vous avez bien raison : on ne se palpe pas assez.
Votre récit me rappelle d'autres. Effleurer les possibles. Savoir parfois qu'ils sont irrémédiablement impossibles et s'en tenir à cela. Des doigts qui se croisent, un baiser d'au revoir qui en dit plus qu'un adieu.
B
Quant à ce fameux baiser, vous l'évoquez, j'en parle également, il peut exprimer bien des choses, lui aussi...
Merci pour ce commentaire qui complète parfaitement la palette de mes sentiments sur le sujet.
Ensuite sur cette rencontre non galante mais qui le devient par une certaine magie, je voulais te donner mes impressions. Tu décris des détails qui semblent dire que tu es trés observateur, j'ai le sentiment que tu aimes beaucoup observer les femmes, mais pas que physiquement, dans leurs attitudes aussi. Peut être à cause de ton côté cérébral?
D'abord l'esprit pour mieux ensuite franchir l'étape charnelle, c'est une belle façon de vivre une rencontre. Et si cet élan charnel en reste à des jeux de mains divins, qu'importe , le reste a déjà créé un petit supplément de plaisir.
plein de baisers
Armandie
Je voulais éviter la description vestimentaire, mais puisque tu m'y pousses, je dirais juste une veste paramilitaire ornée de badges ... Style "peace and love" tu vois ?
Oui, je suis un tantinet observateur
Le corps et l'esprit sont indissociables quand il s'agit de séduction, ou d'étape plus charnelle ...
Bisous belle Armandie.
Un beau moment de tendresse que tu écris et décris là ,c'est beau
Bisou pour toi...A bientôt
Content de te voir par ici
Cela peut aller...
Bisous ma belle.
c'est une rencontre que je n'ai pas oublié entre appréhension ( ma vertue en péril ) et l'excitation ( curiosité ? transgression)
Quant à la pendule, elle a rendu l'âme depuis fort longtemps, reflet du temps qui passe.
Mais bientôt un autre café ? (un arabica sinon rien)
merci, ma journée est à nouvea ensoleillée (surtout aujurd'hui)
bizz
Tu te rends compte, tout arrive ?
Emue ... Attends, j'essaie de visualiser le concept ...
Va pour un arabica, à l'occasion !
A bientôt,
Bizzous Val.
par ici :
http://doucestentations.blogspot.com/2009/09/mes-petits-plaisirs.html
le tag a encore frappé!
Bisoo
Je te promets d'y répondre dès que possible !
Bisoo
Comme cela a déjà été dit, on ne se palpe pas assez. C'est dommage...
J'oscille comme toi, entre cérébral et tactile et j'aime bien ce mélange des genres.
Bises douces Philo
Cérébrale tactile ... C'est vrai que cela te va bien toi aussi !
Bisous MamZelle et merci d'être passée.
Armandie
Petit baiser aussi !