La vision dantesque du marin en perdition le visage scotché aux seins de la redoutable sirène, déclencha un tonnerre de sifflets accompagné d'une enthousiasmante valse de billets verts. Notre ami black applaudissait des deux mains en lançant des « Absolutely ! » qu'il fallait prendre au sens coquin du terme. Je me demandais bien jusqu'où pouvait aller ce contact étroit avec le public, sachant qu'il y avait toujours une limite à ne pas dépasser. Quand le pauvre homme tenta de poser ses mains sur la fille pour se libérer de son emprise mammaire, celle-ci virevolta et s'éclipsa dans une pirouette, dévoilant au passage les traits finement ciselés de son intimité.
Le noir sec, celui de l'éclairage et non pas le dandy, permit à la danseuse de récolter son dû avant de filer dans les coulisses. Changement d'animatrice à la console et nous voilà repartis pour un nouveau show ! Blondes et brunes se succédaient sur scène, toutes plus belles les unes que les autres. Comment de telles beautés pouvaient bien se satisfaire d'une si petite salle ? Mais l'heure n'était pas aux questions hautement philosophiques. Lorsque le premier rang se libéra, je sentis la main de Nanard s'accrocher à mon bras pour me faire signe d'y aller à notre tour et ainsi jouir pleinement du spectacle. Je me doutais bien que pour en profiter, nous allions en profiter ...
La musique démarra en douceur pendant que la mouche de la poursuite cherchait à se caler à la jonction des rideaux. Soudain une jambe transperça le velours rouge sous le glissando sensuel d'un sax ténor. Puis une main gantée de noir dévoila lentement la nouvelle venue. Le spot s'élargit pour mettre en lumière ce qui se révélera être l'apothéose de notre soirée. Pas un sifflet, pas un mot ne vint troubler l'entrée de la strip-teaseuse. Tout le monde semblait subjugué par sa flamboyante beauté. Flamboyante comme sa chevelure, et à en croire l'opaline de sa peau, il s'agissait bien d'une véritable rousse.
Elle s'avança vers nous, moulée dans un fourreau de satin du même noir que ses gants. Quand elle fit glisser le zip de sa robe le long de son flanc et que la pâleur de son corps illumina nos esprit, il souffla comme un vent irréel qui nous plongea tout à coup dans une intense torpeur. Le choc de l'entrée avait quelque peu figé les billets verts, restant emprisonnés dans les mains du public. Mais il fallait alimenter le spectacle pour qu'il nous livre tous ces bienfaits. J'avais pourtant le sentiment que personne ne voulait qu'il évolue trop rapidement. Et pour cause ...
Quand le tapis de dollars commença à se garnir, la robe glissa définitivement vers le fond de la scène. Je n'avais d'yeux que pour sa peau laiteuse et ses boucles de feu qui tombaient en cascade sur ses épaules. Placée à quelques mètres de notre siège, rien ne pouvait échapper à nos regards embrasés, que ce soit le plissé de son string esquissant un sillon de volupté ou l'opulence de sa poitrine au mamelons érigés qui défiait avec insolence notre libre arbitre. Elle nous apparut soudain comme l'icône de la luxure, le maître-étalon du désir ...
Je ne sais pas si c'est l'effet de proximité qui nous fit craindre le pire, mais nous redoutions déjà la suite des évènements. Nanard grilla un fusible en balançant ses dollars et un « Absolutely ! » digne du black qui avait disparu. Je misai à mon tour pour voir, pendant que la diablesse ondulait de la croupe, à damner le plus inébranlable des reclus. Elle jouait du string en virtuose, le faisant apparaître et disparaître au gré des circonvolutions de son fessier. Détournant notre attention, elle en profita pour dégrafer le haut et l'envoyer balader au pied du rideau. C'est au moment même où elle se retourna qu'une nouvelle onde de choc vint balayer la salle.
Le temps n'était plus aux superlatifs mais à l'extase, face à ce troublant spectacle qui nous faisait voyager aux confins de la grâce. Rien ne pouvait plus résister à celle qui évoluait devant nos yeux pour conquérir nos dollars. C'était un show ... chaud ... très chaud même, surtout quand elle fit le grand écart devant Nanard au bord de l'apoplexie. Il ne lui restait que son string, mais encore fallait-il l'encourager à l'ôter. C'est ce que devina très vite mon collègue, malgré ses notions basiques d'anglais.
Il roula le billet entre ses doigts et chercha le moyen de l'introduire dans le minuscule triangle de satin noir sans toucher à la belle. Avant même que le problème devienne totalement insoluble, la Flamboyante enchaîna une série de ciseaux avec ses jambes qui eurent pour effet de rendre volatile ledit string. Elle reprit place devant mon Nanard qui venait de virer à l'écarlate. Il n'en croyait pas ses yeux ... Et moi non plus !
Inutile de détailler ce qui nous apparaissait comme une œuvre de perfection, l'aboutissement de la création humaine. Nous l'avions sous les yeux et pour ainsi dire, sous le nez également. Mais impossible de replacer la scène dans un contexte cartésien, tout ceci demeurant dans le domaine du fantasme. Le billet toujours roulé entre les doigts de mon voisin pétrifié, la danseuse l'invita à le glisser où bon lui semblerait, mais à défaut de string, le choix devenait terriblement limité. Alors sans hésiter, l'infortuné Nanard coinça délicatement le billet entre les lèvres intimes de la Flamboyante qui referma ses jambes et mit fin au spectacle.
Nous avions atteint le paroxysme de la frustration en la voyant disparaître. Il ne
nous restait plus qu'à quitter la salle la queue basse haute pour prendre l'air et faire ainsi retomber toute cette tension accumulée au fil des shows. Nous ne regrettions pas les quelques
coupures de « one dollar » abandonnées sur la scène, ferment de merveilleux souvenirs qui porteront à jamais le nom de ... Girls!
Traces